seventeen

Dernière mise à jour : 20 avr. 2018

Quinze heures trente-huit. Le rideau tombe.

Ca y est… C’est la fin. Tu es heureuse ? C’est enfin fini regarde toi ! Regarde toi tu n’es plus rien.

Dix-sept ans. À dix-sept ans, je pensais qu’une trace de mon existence serait laissée au gré de mes plaies. À dix-sept ans, je pensais qu’un souffle d’air glacé ne pourrait couvrir mon corps que lorsque mort s’en suivrait. À dix-sept ans, l’amour était pour moi un roman d’été en hiver, une brise délicieuse et légère.À dix-sept ans, j’ai cru en l’homme et en ses prières, j’ai cru en l’océan et en toutes ces chimères. À dix-sept ans, je ne comprenais pas ma course éphémère.

Un espoir mis au doute, chaque année passait et j’en trépassais petit à petit, à feu

doux, comme un de ces mets que l’on fait enfourne, dont on a temps envie du goût.

Désormais, je me vois mourir. Je me vois mourir, et je m’aime mieux.

À mes dix-sept ans, pour vous guider.

Ô, mes dix-sept ans, je vous conseille, écoutez.

Rien ne sert de se précipiter, nous avons toute une vie à savourer. Les objets ? Tu n’en as que faire à présent. Me voilà enchaînée à mon défunt destin, paralysée devant l’épitaphe trop tôt construite à la place de mon corps. Il n’est jamais trop tard, il fut simplement trop tôt.

Ce n’est pas une erreur d’en faire ! Donne-toi le luxe d’essayer. Une petite descente aux Enfers… Il n’est pas un mal de s’amuser. Apprécie alors ta propre compagnie, laisse ton corps se baigner dans l’eau, la mer, l’océan, voguer au loin, loin des continents, voguer le matin, lorsque la lune descend.

Alors reste calme, le vent emportera tes colères. La mort n’est rien d’effroyable, elle est simplement mortelle.

Et puisque c’est terminé… autant terminer en beauté ! Plait-toi donc, aime tes yeux. Porte ton âme sur ton visage fastidieux. Saisis tes traits, apprends à les connaître. Tu ne le sais pas, mais il n’y a qu’eux qui ne te seront en rien des traîtres. La solitude que tu détestes tant en ta jeunesse vaillante, chérie la, d’ores et déjà car elle te rendra battante.

Et pour les beaux yeux des dames et des monsieurs ne te rends en rien esclave. Appelle un cadenas “cadenas” car le monde dans lequel tu vis est ainsi. Ce ne sont pas tes efforts qui changeront celui-ci, tu y vis, tu y vivras, et te battre ne servira à rien. Tu ne serviras clairement à rien. Du haut de tes dix-sept ans, il n’y a rien que tu puisses faire pour améliorer les énigmatiques facettes intransigeantes de la société, mais ça, tu le sais déjà n’est-ce pas ? Alors vis ta vie, existe, sois toi-même, sois ce que tu penses pouvoir être de mieux, même si ce n’est que pour te plaire, car le regard des autres ne t’apportera jamais rien qui puisse te satisfaire. La seule qui compte, c’est toi, et tes dix-sept ans, et la vision de ton petit monde enfermé dans cette solide chambre aux reflets lilas, cette chambre qui rencontra tant d’ébats qui ne sont pas les tiens. Parce que l’amour viendra, après tes dix-sept ans, mais n’y compte pas. Sois d’abord amoureuse de ta propre personne. Aime tes yeux dénudés, tes lèvres gonflées par la brume matinale, le bout de ton nez grossi par l’adolescence, rougi par les températures en déclin. Aime tes pommettes, les profondeurs qui encerclent ton regard si peu expressif, la fatigue qui en émane, les rides trop creusées déjà autour de ton sourire qui ne quitte jamais tes commissures. Aime ces bras trop longs, ces mains trop grandes, la sensualité de ton cou et tes clavicules trop apparentes. Aime les grains de beauté qui rendent tes traits si uniques, si personnels, si attachants. Aime les larmes qui découlent de tes yeux lorsque tu n’écris pas ce texte, aime la cassure de ta voix parce que c’est la seule à pouvoir te conseiller de la meilleure des manières.

Un jour, tu auras dix-huit ans.

S’il te plait ne te rend pas triste, mélancolique, ou nostalgique. La rapidité à laquelle défileront tes dix-sept ans te semblera… hors normes. Presque comme ci on te les avait volés, retirés soudainement sans aucune explication, contre ta volonté, car tes dix-sept ans sont le dernier pas vers une cure contre le bonheur sans repos, sans répit, sans relâchement, sans lumière, sans délais, sans une fenêtre par laquelle respirer, sans une épaule sur laquelle se reposer, sans une joue à embrasser, sans une main pour saisir ton sein battant et chancelant au rythme des mélodies les plus enjouées de tes souvenirs. Et tu auras bien vécu tes dix-sept ans, alors ne laisse pas les regrets verrouiller ton coeur déjà bien trop durci. Plonge tes songes dans tes réminiscences, sans pour autant t’y enfermer, car le futur trop peu présent te tend ses bras vers un plus que parfait, étourdissant ton passé trop composé, sans une once de conditionnel.

Enfin, Si tes dix-sept ans te deviennent hostiles, ne cessent en rien de les porter dans ton coeur. Après tout, nous n’avons dix-sept ans que trois cent soixante cinq virgule vingt cinq fois dans une vie, n’est-ce pas ?

Chers dix-sept ans, je vous aurais aimé de tout mon corps, je vous ai chéri de tout mon sort, et jamais je ne vous échangerais pour une autre jeunesse, car malgré cette douloureuse lassitude, j’y trouve de la tendresse.

Quinze heures trente-huit, aujourd’hui, je me laisse mourir.

Ca y est… c’est la fin. Je suis heureuse. C’est enfin fini, et je ne peux me regarder.

Et toi non plus, tu ne peux faire de même, et tu ne pourras jamais. Finalement, au lieu d’essayer de te regarder, dirige plutôt tes yeux au loin, empêche-les de revenir vers toi, et perd tes sens dans l’avenir prochain, qui saura mieux te guider que n’importe lequel de mes refrains.

-足音-

-咳嗽-

15の38。 カーテンが落ちる。




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